Sensoa International a récemment sorti son rapport annuel sur les dépenses de la Direction-Générale Coopération au Développement et Aide humanitaire (DGD) consacrées aux droits sexuels et reproductifs et à la lutte contre le VIH/SIDA en 2019. Cette étude nous permet d’avoir un aperçu de l’attention portée à la santé sexuelle et reproductive dans le budget prévu de l’Aide publique au développement.

Ce rapport énonce plusieurs faits interpellants. Notamment, dans les pays à revenu faible et intermédiaire, 218 millions de femmes qui souhaitent éviter une grossesse n’utilisent pas de contraception moderne, 111 millions de grossesses par an sont non planifiées, près de 300.000 femmes meurent en lien avec des complications liées à la grossesse ou l’accouchement. On y lit aussi qu’en Afrique subsaharienne, quatre nouvelles infections sur cinq sont diagnostiquées chez les filles. Ces chiffres démontrent que l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive n’est pas aisé pour toutes. En plus de ce déficit médical, les femmes et davantage les adolescentes sont confrontées à différentes difficultés en lien avec leur autonomie et leur droit à disposer de leur corps.

D’après le rapport Sensoa, à l’échelle internationale, il manquerait 6 milliards de dollars pour pallier à ces enjeux. Pourtant, la communauté internationale s’est engagée dans l’Agenda 2030, à réaliser l’accès universel à la santé sexuelle et reproductive d’ici 2030 ainsi qu’à éradiquer l’épidémie du VIH. Il faut néanmoins reconnaître que la réalisation de cet agenda est trop lente et qu’elle risque de l’être davantage avec la pandémie de COVID-19.

Toutefois, l’aide allouée à la santé et à la santé reproductive dans les dépenses totales de la DGD diminue. Depuis 2016, nous sommes confrontés à une baisse constante pour arriver en 2019 à 11,08 % des dépenses de la DGD. Ce serait le niveau le plus bas depuis quatre ans.

Bien que la Belgique ait été un leader dans le mouvement « she decides » remettant l’égalité des sexes à l’agenda de la coopération au développement, cet engagement a perdu de l’importance ces deux dernières années dans les dépenses totales.

Par ailleurs, le rapport montre ainsi une réduction de moitié des dépenses qui peuvent profiter à la lutte contre le VIH entre 2016 et 2019 .

Parmi tous ces chiffres en baisse, il faut toutefois noter que la part des moyens attribués à la santé génésique, maternelle, néonatale et infantile (SGMNI) a augmenté ces dernières années, en passant de 69 % des dépenses santé en 2018 à 74 % en 2019. Il existe toutefois des limites au marqueur utilisé pour mesurer cela. Il n’est ainsi pas possible d’identifier dans ces dépenses ce qui contribue spécifiquement à la santé sexuelle et reproductive.

En commission

J’ai donc interrogé la ministre Kitir en commission ce mercredi 17 décembre à ce propos.

Je lui ai rappelé que l’accord de gouvernement souligne la priorité donnée à la santé reproductive et sexuelle, et lui ai dès lors demandé quels étaient ses projets en termes de financement de cette priorité en 2021? Je lui ai aussi demandé si elle envisageait de pouvoir clarifier quelle part de l’APD revient effectivement à la santé reproductive et sexuelle et si une démarche pouvait-être entreprise vis à vis du CAD/OCDE pour les sensibiliser aux limites du marqueur SGMNI ?

La Ministre a annoncé que de nouveaux programmes de coopération bilatérale avaient été lancés et des budgets débloqués dans le domaine de la santé reproductive et sexuelle ainsi que le VIH dans plusieurs pays d’Afrique. Je soutiens bien entendu ces programmes.

Mme Kitir a également souligné le travail coopératif que demandait cette problématique, avec la société civile et les différentes associations existantes. Concernant les marqueurs utilisés, elle mentionne qu’ils apportent une vue d’ensemble suffisante pour mesurer et classer les données disponibles.

Nos revendications

1. Augmentation du budget

La santé sexuelle et reproductive des femmes dans les pays en développement a été aggravée par le COVID. Il ne faut pas la laisser empirer davantage. Alors que les dépenses de la DGD pour la santé reproductive et sexuelle a diminué durant la dernière législature il faut viser au moins 15 % pour la santé, y compris la santé et les droits sexuels et reproductifs. La Belgique devrait également reprendre son rôle de moteur dans la protection des droits sexuels et adopter une approche intégrée et multi-sectorielle pour réaliser les engagements de l’Agenda 2030.

2. Plus de transparence et précision dans l’allocation des ressources

Les marqueurs que la Belgique utilise pour identifier l’aide attribuée aux droits sexuels et reproductifs ne sont pas précis et transparents. Ainsi, de par les marqueurs SGMNI, on ne peut déterminer dans ces dépenses ce qui contribue spécifiquement à la santé sexuelle et reproductive.

Un rapport d’oxfam souligne aussi la différence entre les financements déclarés sous ce marqueur et la qualité des projets. Il est donc difficile d’évaluer la qualité de l’aide en ce qui concerne l’intégration du genre et si celle-ci contribue à des changements structurels sur le terrain.

Il faudrait pouvoir mieux identifier les dépenses spécifiques en faveur de la santé et des droits sexuels et reproductifs à travers de nouveaux marqueurs plus précis, pour pouvoir en assurer un meilleur suivi.

3. Renforcement du pôle information et sensibilisation

Il conviendrait d’augmenter le pôle information et sensibilisation dans les situations de crise humanitaire pour mieux armer la société civile et les personnes dont les droits sexuels et reproductifs sont mis à mal. Une bonne manière de le faire serait d’impulser auprès de la société civile qu’elle identifie de manière systématique les besoins dans ce domaine dans leurs analyses contextuelles et demandes d’aide.

Je veillerai à l’évolution de ce dossier au parlement tout au long de cette législature et y apporterai une attention toute particulière.